Table de chevet

Quelques lectures récentes.

Le coup de grâce

Marguerite Yourcenar, 1939, Gallimard. Rien à faire, je n’ai pas réussi à apprécier ce court roman localisé quelque part entre la Prusse et la région balte, pendant la guerre civile russe. Les réactions et les sentiments des gens, du narrateur comme de son amoureuse, me semblent irrémédiablement datés. Contempler au ralenti cette débâcle de gens apparemment dépourvus de la capacité à communiquer pour résoudre leurs problèmes me fait réaliser à quel point je préfère les jeux amoureux contemporains qui, quelque viciés par l’époque qu’ils soient, me paraissent plus sains et honnêtes.

Dessous Cocanha

Elisa Beiram, 2025, L’Atalante. Un court roman de fantasy écologiste. L’habitant d’un pays de cocagne réalise que son bonheur est construit sur le malheur du pays d’en-dessous. Un pays de poissons et de jeux de mots sur les poissons. Rafraîchissant !

Nuit nimraoken

Jeanne Perrin, 2024, PVH éditions. Décrire l’univers de fantasy de la Noire Essence et le style si particulier de ce roman est hors de ma portée tout de suite. C’est suisse. A la lecture, je me suis petit à petit pris au jeu de ce monde et des personnages qui le peuplent. J’aime surtout beaucoup le pitch de la liste de noms qui apparaît un beau jour par magie sur tous les supports écrits. Pourquoi, comment ? Mystère. Qui sont les gens de la liste, que faire de cette information ? C’est du très beau matériel. Affaire à suivre.

Smombies – La ville à l’épreuve des écrans

Hubert Beroche, 2025, Éditions de l’Aube. Smombies est la contraction de « smartphone » et « zombies ». L’auteur explore la façon dont les réseaux sociaux, l’ecommerce, l’instagrammabilité, bref la 2Dification du monde via l’écran des smartphones, change notre monde, nos villes, nos rues. Nos salons deviennent les nouveaux centres-villes tandis que les centres des villes doivent composer avec ce qui ressemble parfois à une apocalypse smombie. J’essaie de me souvenir de lever les yeux vers les personnes que je croise. Un regard, un sourire, nous avons quelque chose en partage.

Exode

Philippe Tessier, 2024, Éditions Leha. Ce roman de science-fiction trempée mais pas trop présente une fin du monde « climatique » qui contient toutes les graines du contexte entièrement aquatique du jeu de rôle Polaris. Comment en est-on arrivé là? L’ambiance désespérée des réfugiés qui tournent dans tous les sens est là, on n’a pas envie de vivre ça.

Géopolitique de l’ingérence russe – la stratégie du chaos

Christine Dugoin-Clément, 2025, Presses universitaires de France. Acheté après avoir écouté l’auteure en conférence, cet essai consacré aux opérations d’influence russes détaille les méthodes hybrides d’une guerre hybride. Les derniers épisodes (têtes de cochons) portaient jusqu’à la caricature l’évidente marque des manigances poutiniennes. Les architectes du chaos m’inquiètent pourtant. Pour leur dictateur, ils vont s’adapter ou mourir. En 2026, 2027, méfions-nous de leurs mensonges.

Les Haies – réponses artistiques aux crises climatiques

Joël Auxenfans, 2025, Manuella Éditions. Cet ouvrage collectif dirigé par l’artiste Joël Auxenfants milite pour les haies. J’avais beaucoup apprécié l’installation de Joël dans la haie plantée à Arcueil avec les enfants de l’école Barbusse à Arcueil (on peut la voir sur le chemin de la galerie Julio González). On y voyait le travail de construction à l’œuvre, et on pouvait imaginer Taylor Swift planter une haie. C’est le message: à chacun de s’emparer du sujet. Il faut en planter cent, mille, un million, ne pas s’arrêter durant une génération. Les haies sont des abris pour la biodiversité et contribuent à fixer le CO2. J’ai aussi porté une des œuvres de Joël en manifestation. J’adore le croisement joyeux qu’il propose entre art, nature et politique.

Le premier jour de paix

Elisa Beiram, 2023, L’Atalante. L’action de ce roman humaniste et écologiste se déroule dans une fin de 21e siècle très fatiguée. Des gens persistent à vouloir se chamailler – à se massacrer – pour se disputer les ressources en constante diminution après les destructions du siècle. D’autres ne baissent pas les bras, ne se contentent pas de cultiver un jardinet desséché et continuent à œuvrer pour qu’un jour, partout, la paix règne. Des émissaires parcourent le monde afin de persuader les combattants de ranger leurs armes. J’ai aimé respirer ces idées, mais je crains que le dialogue soit un outil trop lourd, trop lent pour vaincre à lui seul la discorde et l’esprit de domination. Néanmoins je vote pour !

La brume l’emportera

Stéphane Arnier, 2024, Mnémos. Un élément fantastique apparaît dans la vie de Keb, Maramazoe et des autres habitants de ce monde: une brume, surgie de la mer, monte inexorablement. La montée de la brume engloutit tout, dissout les personnes et les animaux. Il faut marcher vers les collines, les hauts plateaux, les montagnes. Les ennemis d’hier doivent faire une trêve, s’entraider, peut-être s’aimer. De la bien belle fantasy française venue du froid !